LETTRE AUTOGRAPHE DE BILLAUD-VARENNE, déporté en Guyane, À L'AGENT DU DIRECTOIRE À CAYENNE, 8 ventôse an 7 (26 février 1799). 18910-47
Datée : « A l'habitation dite Chevreuil, le 8 ventôse l'an 7e de la République française ».
Billaud-Varenne, déporté à la Guyane, demande à l'Agent du Directoire à Cayenne des Africains pour le servir.
« Si je n'eusse suivi que mon inclination, je me serais empressé de vous écrire. Mais comme dans le malheur, on n'a guère que des réclamations à former, l'homme délicat craint de paraître importun. C'est pourquoi, répugnant à faire directement cette démarche, j'avais prié un de mes amis de vous peindre ma triste situation. Ce qui l'aggrave encore, sont les infirmités qui sont venues m'assaillir. Résidant sur une habitation isolée, et n'ayant avec moi qu'une ménagère, dont la santé est souvent altérée, je me trouve quelque fois embarrassé pour me procurer un verre d'eau.
Ce que je vous dis, citoyen agent, ne sont point des plaintes, mais les motifs nécessaires pour justifier la demande que je vous ai faite de m'accorder quelqu'un des affricains qui sont à votre disposition, pour me servir. La sensibilité de votre âme m'assure d'avance de votre bonne volonté et je dois être moins péné de ce que l'excès du besoin m'oblige de recourir de votre bienveillance, quand elle m'a pour ainsi dire prévenu par des témoignages consolateurs qui m'ont pénétré de gratitude et qui m'imposent le devoir, qui m'inspirent encore plus le sentiment de vous transmettre l'expression.
Salue et Respect. Signé : Billaud Varenne ».
Feuillet double. 1 page d'écriture. H 22.1 cm x 17.1 cm.
Bon état, traces de pliures, encre pâle.
BIOGRAPHIE :
Jacques-Nicolas Billaud puis Billaud-Varenne, surnommé le Patriote rectiligne ou le Tigre, (La Rochelle, 23 avril 1756 – Port-au-Prince, 3 juin 1819) est un avocat, député montagnard à la Convention nationale et membre du Comité de salut public. Il est essentiel dans le gouvernement de la France pendant la Terreur.
[...]
La déportation :
Il arrive en Guyane le 2 thermidor (20 juillet 1795). Billaud-Varenne reste emprisonné quatre années malgré la maladie. Il survit ainsi à son ancien collègue Collot d'Herbois qui meurt en 1796. En 1797, sa femme, restée en France et avec laquelle il avait pourtant de bons contacts, obtient le divorce pour cause d'« absence du mari ».
Après le 18 brumaire, Napoléon Bonaparte lui accorde la grâce, qu'il refuse. Il décide de rester en Guyane, même après l'occupation de la colonie par le Portugal en 1809.
Il s'installe comme agriculteur et vit modestement, auprès de sa compagne, une ancienne esclave Guadeloupéenne noire prénommée Brigitte [...]
Référence :
18910-47