Armée de Saint Domingue. RELATION DÉTAILLÉE DU GÉNÉRAL BOUDET SUR LA SITUATION DE L'EXPÉDITION FRANÇAISE ADRESSÉE AU GÉNÉRAL EN CHEF LECLERC, Mirbalais, 16 ventôse an X (7 mars 1802). 18910-45
Relation détaillée du général Boudet au général en chef Leclerc, dans laquelle sont nommés Rochambeau, d'Hénin, Vallabrègue, les habitations Dorbigny, Lospinosse, Triano et les positions de la Crête-à-Pierot.
Ce document constitue une source exceptionnelle d'informations sur l'engagement et les difficultés de l'expédition menée par le général Leclerc.
Entête « ARMÉE DE ST DOMINGUE / AU QUARTIER GÉNÉRAL DU MIRBALAIS le 16 ventôse an 10 ». Avec vignette.
Les arrières étant assurées à Port au Prince par Leclere, et à Saint Marc par Vallabrègue, l'expédition française se lance alors à la poursuite des chefs rebelles. Le général Rochambeau que Boudet cherche à joindre, marche sur les limites de la partie espagnole dans la région de Hinche, le général Hardy se porte vers les Cahos par la vallée de l'Artibonite; Boudet, quant à lui tout en fortifiant ses positions sur Mirebalais, prépare l'attaque de la Crête-à-Pierrot, base essentielle du système de résistance à l'armée française. Position stratégique importante menaçant V erette et Saint-Marc, il s'agit d'un glacis fortifié où Toussaint entretien une garnison de 1500 hommes tenant 9 pièces d'artillerie, placée sous le commandement de Dessalines. On remarquera enfin avec quel ménagement les Noirs engagés sont traités par Boudet qui leur accorde quelques responsabilités.
[...] Les détachements formés par le chef de brigade d'Hénin - j'envoyés sur tous les points pour connaître la position du général Rochambeau, car mes instructions à cet égard étoient de prendre tous les moyens pour pouvoir vous en rendre compte - n'ont produit aucun résultat ; une seule déclaration le fait présumer à Hinche. Les reconnaissances composées d'européens ont été jusqu'à 7 lieues du Mirbalais [...] une partie de ces troupes n'ont rejoint ici que dans la nuit, absolument abattues de fatigue. Les grenadiers de la 56ème escortant un convoi de vivres ne sont aussi arrivés qu'à 3 h du matin [...] vous pouvez compter que l'impossible sera fait pour qu'après demain matin je me rende maître de la Crête à Pierot.
N'ayant qu'une simple dépêche à vous faire parvenir, j'ai cru devoir retenir votre aide de camp qui peut soit demain, soit après demain!n vous rapportés de vive voix ce que le tems ne me permetroit pas de vous écrire.
Je laisse au Mirbalais un chef de bataillon noir avec 130 hommes environ de son corps, afin que ce point regardé très intéressant par nos ennemis ne se dise pas abandoné [...] mais je compte peu sur la deffense qu'il opposeroit à une attaque, car je dois vous prévenir qu'un rassemblement de 1200 hommes existe à l'habitation Dorbigny distante de trois lieux d'ici, poste qui eût été attaqué ce soir par le chef de brigade d'Hénin sans ces nouvelles dispositions. Le poste de Triano, où une action des plus chaudes a eu lieu et qui est un point que ces hommes là reconnaissent très favorable, sera gardé par 30 hommes de troupes européennes et par un pareil nombre de coloniales, ne laissant qu'au Mirbalais qu'un corps de troupes qui ne me donne pas une grande assurance pour les objets de subsistances que j'y laisse [...]
Dans un pays hostile en proie à la guérilla, les problèmes d'approvisionnements apparaissent de premier ordre, l'eau de la région étant insalubre, Boudet s'inquiète de n'avoir pas reçu le vin du commissaire des guerres ; il indique cependant :
« [...] les troupes que je mène avec moi sont pourvues de quatre jours de biscuit. J'en laisserai au Mirbalais, qui doivent arriver dans la journée, 3000 rations avec 10 milliers de cartouches [...]. »
De même, il fait mention de l'état sanitaire de l'armée qui semble préoccupant, l'épidémie de fièvre jaune faisant des ravages :
« [...] j'apprends dans l'instant que le chef d'escadron Vallabrègue ayant laissé des malades à St Marc, son embulance n'a pu le suivre. Deux chirurgiens que j'avois expédiés après la reconnaissance de l'affaire ont bien rempli auprès des blessés leur première mission, mais ont retournée au Port Républicain. Je reste uniquement seul avec celui de la 15è Légères à qui on a encore enlevé ses instrumens. J'espère général que demain soir, le bourg de Verettes sera occupé par mes troupes.
Signé : J. Boudet »
H 22.3 cm X 18.6 cm.
5 pages d'écriture.
Bon état.
BIOGRAPHIE :
Jean Boudet, né le 9 février 1769 à Bordeaux et mort le 14 septembre 1809 à Moravské Budějovice, en République tchèque, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Il est inhumé à Bergerac en Dordogne. Une grande partie de sa carrière militaire se déroula outre-mer (Guadeloupe, Haïti…).
[...] L'expédition de Saint-Domingue :
À peine les pourparlers de paix avec l'Angleterre signés à Londres le 1er octobre 1801, il est désigné pour participer à l'expédition en préparation pour Saint-Domingue. Comme plusieurs autres chefs de cette expédition — comme Edme Étienne Borne Desfourneaux ou Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau —, il est choisi pour son expérience coloniale. Il est donc placé le 8 octobre à la tête des troupes réunies à Rochefort, qui forment le noyau de sa division lors de l'expédition de Saint-Domingue pour écraser la révolution haïtienne. [...]
HISTORIQUE :
Le siège de la Crête-à-Pierrot se déroula du 4 au 24 mars 1802, pendant l'expédition de Saint-Domingue au cours de la révolution haïtienne.
Le siège de la position de la Crête-à-Pierrot figurera parmi les plus durs combats de la campagne de Saint Domingue, les troupes de Toussaint-Louverture opposant une résistance acharnée jusqu'à fin mars. Si la prise du fort apparaît comme une victoire, les Français en sortiront affaiblis.
Référence :
18910-45